AVANT LE MONTAGE

Après un mois de pause, je retrouve le projet et je m’apprête à commencer le montage avec  la chef monteuse, Nathalie Vignères.

J’appréhende. J’ai peu de réponses par aux questionnements laissés en suspens…j’ai juste de nouveaux questionnements qui s’ajoutent aux anciens.

J’ai commencé à regrouper le materiel et à faire des repérages sur les rushes du périphérique. J’ai sélectionné les séquences qui m’intéressent et pris des notes. J’ai aussi fait une sélection définitive des photos du département de la Voirie de Paris : sur les 300 clichés de départ, j’en ai retenus 56 et je les ai numérisés pour qu’on puisse les insérer sur notre timeline, mais il faudra encore faire un tri, en fonction de l’évolution du montage.

J’ai aussi identifié les séquences d’archives de l’ECPAD et de l’INA qui m’intéressent. Mais il me manque quelque chose, je le sens. Vivement le début de la collaboration avec Nathalie pour sortir de mes pensées en boucle et commencer à travailler sur la matière.

Je me dis que Pierre Messmer est une figure clé, peut être le fil rouge du film. Il a inauguré le boulevard périphérique le 25 avril 1973 en tant que Premier ministre. Quelques années auparavant, en tant que ministre de la Défense, il dirigeait l’armée en Algérie, pendant la dernière phase de la guerre (1960-1962). C’est par lui que le lien entre la construction du boulevard périphérique en tant que frontière (la forteresse défensive) et la guerre d’Algérie se fait. Il faudrait peut être retracer son histoire, donner à voir sa présence à rebours…mais il ne faut pas qu’il prenne trop de place, il s’agit ici seulement de l’un des axes du film, il ne faut pas que je perde de vue le plus important : les ouvriers qui ont construit le boulevard périphérique, aujourd’hui invisibles. Je n’ai pas réussi à les retrouver. Leur absence est un point central du projet. C’est autour de cette absence que le film doit se construire. L’image doit dire un manque.

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PETIT POINT D’UNE NUIT D’ÉTÉ

Le tournage est terminé, la pré-sélection des images d’archives faite, la première proposition du compositeur reçue…juillet s’annonce comme un mois de césure, non pas du travail, mais du partage de celui-ci. Un mois de repli et de concentration, pour assembler les différentes matières récoltées jusqu’à présent, les coller et les recoller, comme l’on colle et l’on recolle l’histoire que l’on a vécue (ou il vaudrait mieux dire subie, selon les mots de Didi-Huberman), dans le but de la comprendre : images tournées ; photographies de chantier du département de la Voirie de la Mairie de Paris ; séquences d’archives venant de l’ECPAD (les archives de l’Armée) et de l’INA ; et pour finir la rythmique des matières proposée par Laurent Durupt, le compositeur. Seuls manquent à l’appel les témoignages des anciens ouvriers du périphérique…que je n’ai jamais pu retrouver.

Je prends ce mois de juillet pour comprendre que faire de cette absence. Devrait-elle devenir un point de force du film, le pivot central de la réflexion ? Comment donner cela à voir, à entendre, à ressentir ? Devrais-je enregistrer une voix-off pour lier les matériaux et guider l’évolution de la matière ? Ou laisser les images parler d’elles-mêmes ? Pourvu que mon collage soit intelligible et que l’agencement des différents éléments narratifs apporte une lisibilité augmentée à l’histoire…

Au niveau des archives, ai-je tout sélectionné ? Les doutes rongent. Je suis certainement passée à côté de pas mal de choses, j’ai sûrement raté de petites merveilles, des images qu’il me fallait absolument, des liens historiques indispensables…mais, me dis-je, il ne s’agit pas d’un film historique, l’allure est plus expérimentale que documentaire, il s’agit d’un regard personnel porté sur le boulevard périphérique, d’une hypothèse, d’une lecture hardie et d’une réflexion autour de l’histoire de la ville, sa narration, la réception de celle-ci, les images qu’elle a produites et qu’elle continue de produire. Et je me dis qu’il ne faut pas que je perde de vue les fondations du projet : le désir d’éclairer un angle mort de l’histoire et de mettre en lien le dessin urbanistique de la capitale française et la tradition coloniale du pays.

Autant de questions à résoudre en ce mois de juillet, avant d’attaquer le montage, qui débutera le 1er août avec une monteuse d’exception, Nathalie Vignères.

Rdv dans un mois donc ! En attendant, j’espère que votre mois de juillet prenne la forme de vos désirs et que, dans mon cas, il sache apporter conseil.

Bon mois de juillet à vous tous !