LA MUSIQUE DE LA FORTERESSE

Dans le cadre de ma résidence au Musée de l’histoire de l’immigration, j’organise le 26 mai une rencontre qui portera sur l’image-document, la valeur des archives audiovisuelles et leur apport dans l’écriture de l’histoire.

Pour réfléchir à ces notions, Jean-Gabriel Périot nous parlera de son film Une jeunesse allemande, Cinéma du Réel 2015 Prix de la Scam. Mais dans cette rencontre il sera aussi question de musique. En effet, j’ai souhaité inviter Laurent Durupt, avec qui je dialoguerai autour de la dimension musicale du projet que je suis en train de réaliser. Laurent Durupt parlera notamment de sa manière d’aborder les archives à travers la musique. Cette rencontre précédera notre phase de travail commun sur le projet, qui débutera en juin, au moment où j’aurai terminé de sélectionner les images d’archive qui constitueront le montage final du film.

Comme je le disais à Laurent pour préparer notre phase de travail commun, j’ai écrit La tentation de la forteresse en pensant à des sons métalliques, froids, presque lunaires, venus d’une autre planète ou d’une autre strate profonde de la nôtre. Des sons venant d’en-dessous, des entrailles du boulevard périphérique qui, quelque part, garderaient la mémoire engloutie du sous-sol qui les constitue.

L’écriture a évolué sur les sonorités électroniques de plusieurs compositeurs, entre autres Jean Michel Jarre et les Logic System. Ces sonorités étaient devenues une vraie obsession lors du développement du projet. Je peux notamment vous renvoyer vers deux morceaux :
Unit des Logic System https://www.youtube.com/watch?v=yTpmSK_FPaI
et Popcorn de Gershon Kingsley https://www.youtube.com/watch?v=iDHrXeEItu4 (ce dernier morceau a été utilisé par Johan van der Keuken dans La leçon de lecture).

La répétitivité de ces sons conférait au flux dialectique des images auxquelles je réfléchissais une qualité proche de l’hallucination, de l’égarement par moments.

Le point de départ du projet, comme je le disais dans mon article précédent, est une hypothèse : pour rendre l’histoire plus lisible, il faudrait frotter les unes aux autres des images lointaines pour créer une étincelle qui éclairerait l’histoire autrement.

Je souhaite donc retrouver sur le plan sonore, l’idée spatiale de frottement, de friction, le mouvement qui réunit et oppose, presque en les faisant grincer, des images venant d’univers différents (les images d’archive et les images filmées) ; mais aussi les différentes matières engagées sur le chantier du boulevard périphérique, qui présentent chacune une granularité singulière (le béton, la pierre, la chaux, le métal, l’acier, le goudron…) ; ainsi que les strates concomitantes de notre histoire, qui se reflètent dans ce chantier et en mettent en lumière la dimension de frontière et son interaction avec l’histoire coloniale du pays.

Je pense à une musique qui exalte l’hétérogénéité des matières, tout en créant des liens entre les éclats d’images et de mémoires venants de séquences et de supports différents. Un univers sonore qui ancre l’évolution filmique dans territoire unique, tout en amplifiant la portée du montage dialectique et la juxtaposition d’images qu’il produit.

Le cadre imposera le boulevard périphérique comme lieu en soi, lieu de passage, mais aussi de frontière : un lieu qui exclut l’humain, qui en obstacle la déambulation. D’où l’idée d’une sonorité lunaire, spatiale, presque hostile, entraînant avec elle un flux d’images qui deviennent, portées par la musique, une vision entêtante.

La répétitivité des sons ferait écho au rétrécissement du cadre que je souhaite opérer sur certaines images d’archive. En approchant la caméra des visages des ouvriers présents sur les photogrammes, l’image guiderait le tissage sonore vers un basculement, d’un environnement externe, on passerait à l’univers interne des personnages.

J’avais le désir de travailler avec un compositeur pour qu’une composition sonore originale soit écrite en même temps que la composition visuelle. Le souhait est celui, en effet, de suivre une double écriture, visuelle et musicale, qui puisse structurer et déterminer le montage.

J’ai naturellement pensé à Laurent Durupt, compositeur talentueux, en évolution perpétuelle, qui travaille à partir de plusieurs matières et supports sonores, pour les tisser au sein de compositions originales qui réunissent sonorités électroniques et instruments classiques.

Laurent a accepté de participer à l’aventure. Ensemble nous devrons tisser la matière filmique – à la fois sonore et iconographique – de laquelle La Tentation de la Forteresse sera faite.

Pour découvrir le travail de Laurent Durupt et son parcours, vous pouvez suivre ce lien : http://www.laurentdurupt.com

 

 

 

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